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UNE GASPÉSIENNE AU CHEVET DU PATRIMOINE MONTRÉALAIS

Écrit par : Geneviève Gélinas, journaliste Francine Lelièvre est originaire de Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Cette historienne a été de plusieurs batailles gaspésiennes avant d’aller prêter main-forte aux Montréalais. Photo: Michel Julien

MONTRÉAL – C’est une Gaspésienne qui prépare l’une des legs importants du 375e anniversaire de Montréal, qui sera célébré en 2017. Francine Lelièvre, originaire de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, dirige le musée d’archéologie et d’histoire Pointe-à-Callière, dans la métropole.

Entrepreneure dans l’âme, cette historienne a été de plusieurs batailles gaspésiennes avant d’aller prêter main-forte aux Montréalais.

Mme Lelièvre est née à Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Son père Gérard, d’abord pêcheur, a acquis ensuite une usine de transformation de poisson. Sa mère, une enseignante, a ouvert un magasin général.

D’où lui vient son intérêt pour l’histoire et le patrimoine? « J’ai toujours du mal à répondre à cette question, dit Mme Lelièvre. À mon époque, quand on grandissait dans un petit village, il n’y avait pas énormément de professions qui s’ouvraient aux filles. On nous orientait vers la santé ou l’enseignement. La santé ne m’intéressait pas du tout. »

Elle passe donc son brevet d’enseignante, qu’elle enrichira d’un baccalauréat en pédagogie, puis d’une maîtrise en histoire. Mme Lelièvre a d’ailleurs enseigné au campus de Gaspé du Cégep de la Gaspésie et des Îles de 1968 à 1973.

L’historienne se décrit « fondamentalement comme une entrepreneure ». Au fil des décennies, son nom apparaît au crédit de plusieurs projets de mise en valeur du patrimoine.

Sauver l’anse Blanchette

Au début des années 1970, elle travaille au parc Forillon. Planifier la mise en valeur du territoire n’était « pas évident », dit Mme Lelièvre, dans un contexte où les habitants venaient d’être expropriés, leurs maisons incendiées. Les bâtiments sauvés l’ont été « de peine et de misère, parce que la loi, changée depuis, ne permettait pas de garder des traces humaines dans le parc […]. La première priorité était la préservation. On a sauvé l’ensemble de l’anse Blanchette, un témoignage exceptionnel du pêcheur-cultivateur qui avait tout. Depuis, il a fait les couvertures de Geo et du National Geographic », rappelle Mme Lelièvre.

Mme Lelièvre gravit les échelons à Parcs Canada, où elle sera chef de l’interprétation pour tout le Québec. En 1986, elle devient directrice des expositions du Musée national de la civilisation du Québec, qui prépare son ouverture en 1988. Puis elle fonde son entreprise privée, Processus, via laquelle offrira son expertise à des dizaines de musées, municipalités ou sites historiques, en gestation ou bien établis. « J’ai toujours été en développement. Ensuite, je remettais la clé à ceux qui allaient l’exploiter. »

Les plus anciennes traces du Vieux-Montréal

Arrive le projet de Pointe-à-Callière, le musée d’archéologie et d’histoire de Montréal. Mme Lelièvre a d’abord été responsable de sa construction. La signature du musée : une crypte archéologique, au sous-sol, où les visiteurs déambulent parmi des vestiges des siècles passés. « On est construit sur des sites historiques et archéologiques qui sont les plus anciennes traces qui existent dans le Vieux-Montréal. Peu de villes ont conservé des traces au point de pouvoir les rendre accessibles au public. »
Pour une première fois, Mme Lelièvre reste pour exploiter le Musée après son inauguration. « Mais j’ai gardé mes mauvaise habitudes, lance-t-elle à la blague. Je veux toujours développer. » Depuis son ouverture en 1992, le musée a pris de l’expansion avec une école de fouilles et deux pavillons.

Ville-Marie : l’accès au fort de 1642 comme legs

Et ce n’est pas fini. « Nous sommes en travaux pour ouvrir deux nouveaux lieux en 2017. On a fait des fouilles et on a retrouvé le fort de Ville-Marie, où Maisonneuve, Jeanne-Mance et les 50 compagnons [se sont établis]. » Un pavillon rendra ce lieu accessible au grand public. Le second lieu, le « collecteur William » fera office de lien souterrain avec le bâtiment principal du musée. « En 1832, une rivière a été canalisée comme égout collecteur, explique Mme Lelièvre. C’est presque une œuvre d’art, en pierre taillée avec un arc cintré. »

Le fort de Ville-Marie et le collecteur William constituent le legs patrimonial de la Ville de Montréal pour le 375e anniversaire de la ville.

Coup de cœur : le Musée de la Gaspésie

Dans la région, l’institution la plus chère au cœur de Mme Lelièvre demeure le Musée de la Gaspésie, à Gaspé, « un rêve réalisé ». Elle a participé à sa création comme conservatrice pour la Société historique de la Gaspésie, à l’origine du musée. « On nous avait donné des caisses, pleines de poussière. C’était dans le grenier du séminaire. »

Percé a besoin d’une « ligne de force »

Quand on demande à Mme Lelièvre ce qui gagnerait encore à être mis en valeur en Gaspésie, elle précise d’abord : « On ne peut pas tout mettre en valeur et c’est comme ça partout. Ce sont les gens qui le réalisent, ça prend un engagement local. »

Percé mériterait mieux, ajoute-t-elle. « Même si la zone est protégée, le lieu est si exceptionnel qu’il y aurait de la place pour une institution interdisciplinaire nature/culture/tourisme. Il y a des choses, mais c’est éparpillé. Il manque un regroupement ou une ligne de force. »

L’influence de la Gaspésie

Mme Lelièvre revient une à deux fois par an pour sentir l’air salin de la Gaspésie. Les Gaspésiens connaissent bien l’un de ses frères, Roch Lelièvre, copropriétaire de l’usine Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé.

Selon Mme Lelièvre, c’est la Gaspésie, avec sa mer et ses montagnes, qui l’a préparée à sa carrière. « Je fais cette carrière parce que je suis née en Gaspésie. La mer n’a pas de limites, c’est le rêve. Les montagnes, ce sont les obstacles. Il faut avoir la tête pleine de rêve et les pieds sur terre. »

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