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UN PREMIER ROMAN POUR ROXANNE LANGLOIS

Écrit par : Geneviève Gélinas, journaliste Roxanne Langlois, native de Shawinigan-Sud, habite Carleton-sur-Mer depuis 2011. Photo: Magali Deslauriers

CARLETON-SUR-MER – On la connaît comme journaliste à CHNC et comme blogueuse à GRAFFICI.CA. La gaspésienne d'adoption Roxanne Langlois est aussi auteure de fiction et publie ces jours-ci aux Éditions 3 sista son premier roman, campé à Carleton-sur-Mer. 

GRAFFICI.CA a interviewé l’auteure de 28 ans à la veille du lancement de Prawda.


Prawda raconte l’histoire d’amour de neuf jours entre Marie et Marek, un Polonais de passage en Gaspésie pour le travail. Le roman décrit leur liaison en détails par le biais d’une longue lettre de Marie à Zofia, l’épouse cocue restée en Pologne.

GRAFFICI.CA: Comment une journaliste, dressée à écrire des textes de 400 mots et des reportages d’une minute, s’est retrouvée à écrire un roman?

Roxanne Langlois: La journaliste a besoin de ça, d’aller au-delà d’un contexte qui peut être contraignant, d’un traitement simplifié et neutre de l’information. Les journalistes ont besoin d’exprimer leur créativité en dehors de leur travail. J’avais besoin d’écrire pour moi, pas pour informer les gens, mais pour m’évader", dit l'auteure.


Marie vit à Carleton-sur-Mer, elle rencontre Marek dans le bar d’une microbrasserie, il travaille pour WindSynergy, une entreprise éolienne... As-tu eu du plaisir à décrire ton lieu de vie?

"Immensément, confie Mme Langlois. Et ça fait partie de la belle aventure d’écrire ce livre. C’était une façon de remettre à Carleton-sur-Mer ce qu’il m’a donné. Je suis arrivée en Gaspésie en septembre 2011, je me suis installée à Carleton, mon « âme sœur de village ». Les gens ont été très généreux à mon égard. Je me sentais incluse dans cette communauté tissée serrée. Mon décor au quotidien, l’ambiance que je vis, c’est Carleton-sur-Mer. Je voulais que les gens de l’extérieur découvrent ce magnifique endroit et que les gens d’ici se reconnaissent et reconnaissent des lieux, avec une réalité qui n’est pas toujours positive mais qui est la leur.

J’ai donc eu un grand plaisir mais aussi un petit malaise, poursuit-elle. Tu sais que les gens vont reconnaître les lieux. C’est un peu délicat. Je me suis demandée : est-ce que je nomme les lieux? J’ai décidé de ne pas les nommer, de laisser les gens deviner quels sont les endroits et peut-être avoir un sourire en coin."

Marie est fleuriste. Son travail et la boutique sont décrits avec beaucoup de détails. D’où ça vient?

J’ai une formation de journaliste, j’ai souvent occupé des emplois qui demandaient de la rigueur pour les heures de tombée ou qui touchent la résolution de problèmes. Pendant des années, quand la pression était grande, je disais : j’aurais dû être fleuriste. À mes yeux, c’était un métier qui ne pouvait être que beau, que positif. Même quand quelqu’un décède, le bouquet de fleurs est un baume sur une douleur. [La fleuristerie], c’est une machine à joie, un lieu magique, créateur de bonheur et d’apaisement. C’est pour ça que j’ai voulu donner ce métier à Marie, une personne simple, très authentique et près de ses émotions.

J’ai adoré l’accueil des gens de l’Agenda Fleuriste à Maria. Je les ai contactés il y a trois ans en disant : vous ne me connaissez pas, je ne suis pas auteure encore mais j’aimerais le devenir, pouvez-vous m’aider à placer mon personnage de façon réaliste? Ils m’ont accueilli plusieurs heures pour me décrire leur métier, me raconter des anecdotes.

On dit qu’un premier roman parle souvent beaucoup de soi. Est-ce dangereux, ou bien commode?

C’est un piège qu’il faut éviter. J’avais acheté un livre intitulé « Comment écrire son premier roman » (rires). Ils disaient justement d’éviter ça, de ne pas tomber trop dans l’autobiographique parce que ce n’est pas ce qui intéresse les gens. Dans chaque livre, il y aura toujours une part de vérité, que ce soit pour les rencontres, les lieux ou les personnages, mais j’ai mis cette histoire dans un contexte de fiction.

Je ne voulais pas que les gens m’identifient à Marie, mais que les lecteurs puissent eux-mêmes s’identifier à Marie. Elle se retrouve prise dans une histoire avec une date de péremption, elle veut un bonheur qui appartient déjà à quelqu’un d’autre. Au-delà du sexe, c’est une histoire qui sera importante pour elle.

Le roman est une longue lettre de Marie à Zofia, la femme de Marek. Pourquoi avais-tu besoin de Zofia pour écrire l’histoire de Marie?

Les histoires d’adultère et de trahison, on pourrait les écrire 20 000 fois de la même façon. Moi, je me suis mise dans la peau d’une cocue. Je me suis dit : ça doit être terrible de ne pas savoir, mais ce serait probablement pire de savoir. C’est une correspondance de la maîtresse à la cocue, qui explique et place la liaison dans son contexte, qui peut être très dur. Je trouvais que c’était un merveilleux angle. Ça laissait beaucoup de liberté à la création littéraire. On peut « fesser » fort, y aller avec tendresse, avec émotion surtout. On ne voit pas Zofia, mais elle devient un personnage à part entière par les mots de Marie. C’est Marie qui la crée. C’est intéressant d’inventer un personnage qu’on ne voit pas mais qui est omniprésent.

L’histoire d’amour entre Marek et Marie dure neuf jours, au cours desquels ils font au moins neuf fois l’amour. Comment fait-on pour écrire une scène d’amour sans qu’elle soit mièvre ni pornographique?

C’est la chose la plus difficile que j’aie jamais écrite. J’ai fait des déclarations à des funérailles, des mots de remerciement, des lettres d’opinion, des nouvelles journalistiques sur des sujets difficiles à vulgariser. Mais une scène érotique, ç’a été le plus éprouvant. C’est tellement facile de tomber dans le cliché. Il faut dire les choses mais en même temps, user d’une certaine poésie, d’un style qui n’est pas vulgaire. On ne veut pas tomber dans la version Carleton-sur-Mer de Fifty Shades of Grey (NDLR : une romance érotique). Il faut doser. Une scène du roman est particulièrement explicite et je ne l’assumais pas. Je me suis dit, ça n’a pas de bon sens, ma mère va lire ça! Mon éditrice m’a dit : on laisse ça comme ça. Il y a eu un gros travail de réflexion, de réécriture. Ça m’a convaincue de ne pas me lancer dans la littérature érotique!

Qu’est-ce qui s’en vient pour Roxanne Langlois, l’auteure?

Certainement quelques mois de congé! J’ai commencé à écrire le roman en novembre 2012. Mais la dernière année a été consacrée à la réécriture et à la correction. C’était moins le côté créatif que j’aime. J’étais plus en mode « devoir ». J’ai des projets qui traînent dans mon ordinateur mais je vais laisser ça mijoter avant de m’y remettre.

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