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Pour une réconciliation avec les communautés micmaques de la Gaspésie

Écrit par : David Bigaouette, blogueur citoyen David Bigaouette, originaire de Saint-Siméon, est candidat à la maîtrise en histoire à l'UQAR. Photo: Offerte par l'auteur

RIMOUSKI, octobre 2017 – Depuis quelque temps en Gaspésie, on peut constater que le vent commence à tourner en faveur des Micmacs: leur présence sur le territoire est de plus en plus affirmée dans plusieurs sphères de la société. Leur participation est indispensable au développement régional de la Gaspésie, estime notre nouveau blogueur, David Bigaouette.

Une ébullition de la culture micmaque est en train de se produire à travers la sphère médiatique régionale. Stephen Jerome de Gesgapegiag offre des cours de fabrication de paniers selon une technique ancestrale qui était en voie de sombrer dans l'oubli. Le Musée de la Gaspésie à Gaspé a lancé une nouvelle exposition sur l'écriture des Micmacs et la communauté de Listuguj est en pourparlers avec la Société historique Machault afin de restaurer l'épave du bateau le Marquis de Malauze, un navire français qui a affronté la marine anglaise lors de la bataille de la Ristigouche en juillet 1760 dans la baie des Chaleurs.

Il ne faut pas oublier les nombreux organismes autochtones qui continuent à développer et à garder cette culture vivante à l'intérieur des communautés. C'est cette culture et cette histoire micmaque qu'il faut rendre visibles dans la région. Elle est une composante essentielle du développement des communautés micmaques, car elle affirme une identité propre à elles.

Le drapeau micmac exposé

Pendant l’hiver, la municipalité de Carleton a hissé le drapeau micmac devant l'hôtel de ville pour symboliser la présence autochtone sur le territoire. Ce geste a été posé dans le cadre des fêtes du 250e de la ville.

De plus, le public a eu la chance d’assister à une danse traditionnelle pendant un concert et à un rituel traditionnel à l’Oratoire du Mont Saint-Joseph. On perçoit une volonté de reconnaissance et d’inclusion des Micmacs aux fêtes de Carleton. Un autre exemple symbolique est celui de la nation micmaque de Gaspeg qui s’est unie avec la municipalité de Gaspé afin d’élaborer des projets conjoints de développement socio-économique. Le but est de rendre Gespeg plus présente au sein des décisions politiques municipales.

Tout récemment, la communauté micmaque de Gesgapegiag vient de faire l'acquisition du relais de La Cache situé sur la route 299. Voilà une opportunité pour la communauté de développer le tourisme et d'autres projets à cet endroit. La participation à la vie politique locale permettrait aux Micmacs de se doter de plus d'outils pour ainsi créer une autonomie politique et des opportunités de développement régional.

Un levier pour les luttes environnementales

À travers les actions faites par les militants environnementalistes en Gaspésie contre les projets d’hydrocarbures, on peut voir une volonté de faire des alliances avec certains citoyens micmacs afin de faire front commun contre les projets, mais aussi pour donner du poids à la revendication des droits ancestraux des Micmacs sur des territoires encore non cédés.

Nous pouvons voir cet exemple à l’œuvre en ce moment au travers des actions du Camp de la rivière York à Gaspé. Celui-ci se positionne contre la présence de la compagnie Junex sur le territoire gaspésien et tout autre projet d’hydrocarbures. Les efforts entre militants auraient porté fruit: Junex arrête les opérations pendant quatre mois pour procéder à une consultation avec les Micmacs. La lutte pour la reconnaissance des droits autochtones devient donc un levier qui aide à justifier certaines luttes environnementales.

La consultation des communautés autochtones présentes sur le territoire devient une nécessité en termes de participation ou d’approbation à un projet qui touche l'environnement. La consultation vise à donner plus de souveraineté à la nation sur le territoire et sur les ressources.

Ce qu’il reste à faire

Certes, il y a des gestes collectifs à poser pour arriver à une réconciliation, mais aussi des gestes individuels. Des étudiants autochtones ont produit une liste qui énumère 150 actions individuelles qui visent cette réconciliation. Ce sont des petits gestes qui peuvent faire une grande différence.

En somme, il faut donner une présence et une participation plus importante aux Micmacs dans les sphères de la société gaspésienne, que ce soit en politique, dans le développement régional ou culturel. Il faut leur donner des outils qui conservent leur culture et qui favorisent leur propre autonomie en tant que nation distinctive. Le développement de la Gaspésie doit passer par la participation des communautés micmaques et non se faire au détriment de celles-ci.

Aussi, il ne faut pas penser les communautés autochtones comme étant un tout homogène. Comme n'importe quelle nation, il y a une diversité de positions au sein des communautés micmaques sur plusieurs enjeux régionaux et sociaux. Les communautés ne possèdent pas une seule voix, mais plusieurs voix. C'est ensemble que l'on peut réellement prospérer dans le développement régional de la Gaspésie et décider de nos enjeux sociaux.

Enfin, il faut réfléchir aux relations entre autochtones et non autochtones selon de nouvelles perspectives dans le but d'atteindre une égalité et d'améliorer ces relations. Il y a encore des barrières à détruire et du cheminement à faire avant d'atteindre une vraie réconciliation avec les communautés autochtones tant au niveau régional que national.

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Note sur l’auteur
David Bigaouette est né à Saint-Siméon-de-Bonaventure et est présentement candidat à la maîtrise en histoire à l'Université du Québec à Rimouski qui se spécialise dans l'histoire régionale et autochtone. Passionné de sa région natale, David ne cesse de s'intéresser à l'actualité gaspésienne qui touche la politique, l'environnement, le développement régional et les luttes sociales.

 

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